■ Approches photos de la faune du Ventoux


« Quelle patience ! » me dit-on.
Non, une photo ce n’est pas de la patience, c’est de l’Amour en pixels !

Beaucoup pensent que mon « travail » est formidable ; à ceux-là je dis qu’ils se trompent et que c’est ma passion (comprenez ma Folie) qui me permet de faire ces rencontres animales.
A tous, j’essaie de transmettre l’amour de mon Pays, de ma forêt du Défends, des contreforts et du sommet du Mont Ventoux.

Mes images, mes rencontres peuvent vous révéler ce que nous avons tous sous les yeux mais que nous ne savons plus voir ou que nous ne prenons plus le temps d’apprécier et dont certains ne soupçonnent même pas l’existence.

 
Il en est des paysages
comme des hommes Il faut les vivrepour pénétrer leurs secrets.


Le Ventoux n’est pas pour tous, perçu de la même façon.
Il peut être cartes postales pour le visiteur occasionnel,  défis pour ceux qui veulent l’affronter, convoitises pour ceux qui l’exploitent et rencontres inoubliables pour ceux qui prennent le temps de le découvrir.
Et pour vous, il est quoi ?

A chacune de mes sorties quel que soit « l’objectif déclaré » (sans jeu de mot), chacun de mes pas me conduit à observer aussi la végétation, le ciel, les fleurs, les indices de présences animales. En somme chaque balade sera aussi botanique, météorologique  et faunique.

Il y a cependant quelques lieux ou places où des arbres sont remarquables et les souvenirs si profonds qu’il me faut aller, en pèlerinage, les visiter au moins une fois par mois. C’est dans ces lieux bien spécifiques, à une époque précise de l’année, que je peux faire mes plus belles rencontres : j’en tiens registre.

Vous faire partager mes souvenirs et rencontres est l’objet de mon site : « Regards du Ventoux »
Je laisse aux spécialistes le soin de prendre des espèces plus exotiques…

Ce matin là, sous la neige qui recouvre le creux du sentier, la poursuite d’un lièvre par le renard s’est inscrite il y a quelques heures sur nos trois agendas respectifs. Je suis une nouvelle fois en retard…pour le début de leur rendez-vous. La température est nettement en dessous de 0 ; peut-être -9°,  je suis seul, seul à vivre ces instants fugaces et fragiles à la découverte de la faune du Ventoux...

Ce qui m’attache à la nature du Ventoux, ce qui me fait me lever de très bonne heure et rentrer à plus d’heure, c’est ce besoin physique de contact, de proximité parfois de complicité et surtout d’actions avec les animaux sauvages. A force de pénétrer sur leur territoire je finis par connaître leurs habitudes et même à reconnaître certains individus.

Parfois, pour les approcher, je dois me confondre avec la nature, pour me rendre presque invisible.

Savoir créer une intimité avec l’animal, un lien privilégié
que le chasseur n’a aucune chance de connaître.

Non je ne cours pas après les images, il faut savoir prendre son temps car la nature a ses propres modalités, ses propres règles et ses rythmes. Elle, elle sait prendre le temps. Perdre du temps pour en gagner : voilà un précieux conseil à suivre pour observer la faune du Ventoux.

J’aime sentir en moi cet appel de la forêt  ou cet appel de nature sauvage du Ventoux qui n’est pourtant qu’à dix minutes à pied de la place de mon village… mais faut il encore se donner la peine de les parcourir.

Dans ces endroits je m’y sens bien et j’y suis pleinement moi-même, pas besoin d’artifices …. Parfois les conditions sont difficiles, les heures d’attente interminables, mais cela fait partie du jeu, c’est prévu au  programme du photographe de nature…

« Facile de prêter ses yeux mais faire partager ses émotions, c’est une autre histoire … »

 Quand, couché au milieu d’un névé au sommet du géant, entre ciel et terre,  sous un vent glacial, je sens (olfactivement) arriver un petit groupe de chamois et que ma présence ne les effraie pas, alors j’ai la sensation de faire partie d’un tout, d’un monde simple où chacun à sa place avec tolérances mutuelles.

J’aimerais que soit préservé un petit bout de paradis, un petit bout de coin sauvage au sommet du géant. Mon action passe par le pouvoir de l’image. J’essaie de lier mes émotions avec les sujets que je photographie.

MON OBJECTIF : mettre  dans la même ligne de visée, la tête, le regard et le cœur dans chacune de mes images.

Il faut savoir se poser les bonnes questions au bon moment : qu’est ce qui m’émeut dans cet instant ? Comment le communiquer ?

« Photographier par hasard ou par calcul »

Pour moi,  la photographie c’est d’abord repérer le paysage (comprenez planter le décor) puis je dois y conduire mes personnages. (facile à dire !)  Il me faut parfois des mois, des années, J’ai dans la tête des lieux que j’ai repérés et dans lesquels je n’ai pas encore pu saisir un de mes personnages.  Il m’arrive de voir des photos que je n’ai pas encore prises ….Celle-là, demain peut-être !

Le hasard des rencontres fait partie intégrante de certains clichés, mais la grande majorité est recherchée et voulue. Ce cerf au bois de velours dans la lavande printanière verte m’a demandé de nombreuses heures de patience. Depuis j’essaie en vain de réaliser le même cliché mais dans la neige.
Cela a un côté atypique de croiser ces grands mammifères dans des champs de lavande. C’est aussi ce qui fait la beauté de nos paysages du coté du pays de Sault.

Je souhaite qu’en regardant mes photos, on soit immédiatement plongé dans la Provence authentique et sauvage. Qu’elles transportent celui qui les regarde en un instant. Parfois certaines photos me demandent quelques mois, d’autres sont des projets et devront attendre des années avant de se réaliser. Je cherche la photo qui se suffirait à elle-même pour incarner le Ventoux, la Provence…

Souvent je me torture l’esprit à l’idée d’être passé à côté de plusieurs photos qui à mes yeux pouvaient être remarquables, ainsi ce rassemblement que vous ne verrez peut-être jamais, de 14 cerfs sous la neige en train de gratter de leur bois le sol pour trouver leur maigre pitance.  J’ai vu la scène, je peux vous la décrire avec précisions, mais je n’ai pas de photo : un quad en est la cause : tant pis pour moi !  Une de perdue … La photo n’est pas sortie mais la magie de la rencontre a opéré : j’y étais !
Manque de chance ou mauvaise pioche, mais rien n’est figé devant l’éternité car une prochaine rencontre sera surement possible à un autre moment dans un autre lieu : une prise ratée,  et c’est déjà un espoir d’une autre prise qui nait !
Mais pour cela il faudra arpenter des vallons, des sous bois, des pierriers  du Ventoux afin de faire cette rencontre à venir …
Avec un peu de chance il arrive aussi que mes désirs deviennent soudain réalité, ainsi ce magnifique brocard que je télécommande de l’esprit... Peut être avais-je été plus patient cette fois ci mais il est des moments qui restent gravés pour longtemps. Chaque fois que je repasse sur ses places magiques pour moi, des émotions ressurgissent.

Essayez donc d’abord, un matin d’hiver, dans 40 cm de neige craquante, par moins 10 °, d’apercevoir une harde de biches toujours aux aguets, de choisir l’angle  de vue qui vous paraît le meilleur, puis de vous en approcher sans les faire s’évaporer…

Lorsque vous aurez réussi ce tour de force de les approcher enfin,  il vous arrivera forcément quelque chose que vous n’aviez pas prévu : un autre animal dont vous ne soupçonniez pas la présence a fait fuir tous vos sujets (c’est plus fréquent qu’on peut le penser) ou mille autres situations qui me sont arrivées et que je pourrais vous raconter…
C’est souvent que, comme moi, vous serez mis en échec et vous retrouverez mat. Une photo, réussie ou râtée, c’est toujours une mine d’émotions…

C’est sans aucun doute une sorte de compréhension instinctive de l’animal qui permet au photographe naturaliste d’anticiper des actions.

En Photographie animalière, 90 % du résultat dépend de votre connaissance de la nature et 10% de votre équipement.  Une bonne assimilation des principes de la photo doit être acquise afin de contrôler manuellement les automatismes. Même si j’ai du faire quelques sacrifices pour m’offrir le 5D Mark 2, il faut dire que cela en vaut la peine, je fais au mieux avec les objectifs en fonction des situations.
J’ai pourtant encore tant de choses à apprendre et pour un autodidacte cela représente un difficile challenge mais je m’efforce de faire de mon mieux et continue d’être un homme de terrain, un amoureux de la faune du Ventoux et du Ventoux tout simplement.

 

« Le véritable voyage de découverte ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages,
mais à avoir de nouveaux yeux.»
Marcel Proust